Réponse courte. Non, le projet de loi RIPOST ne supprime pas, à ce stade, tous les enregistrements de garde à vue. Il faut distinguer la vidéosurveillance d’une cellule, qui filme la personne détenue pour prévenir une évasion ou un danger, et l’enregistrement audiovisuel d’une audition, obligatoire seulement lorsque la garde à vue porte sur un crime. Le 15 juillet 2026, l’Assemblée nationale a adopté le projet RIPOST en première lecture, mais elle a rejeté l’amendement qui voulait rétablir la suppression de l’enregistrement des images de cellule. Au 19 juillet, le dossier parlementaire ne mentionne aucune étape ultérieure : le texte n’est pas encore une loi promulguée et peut encore évoluer.

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Si une déclaration à décharge a été omise du procès-verbal d’audition, la voie réaliste n’est généralement pas d’obtenir chez soi le fichier vidéo de la garde à vue. En matière criminelle, la défense peut demander au juge d’instruction ou à la juridiction de consulter l’enregistrement et d’en tirer les conséquences, notamment par une retranscription. En matière délictuelle, il n’existe en principe aucun enregistrement audiovisuel obligatoire de l’audition. La meilleure protection reste alors immédiate : correction demandée avant signature, refus de signer un PV inexact, observations écrites de l’avocat jointes à la procédure et conservation autonome de la preuve objective.

Analyse mise à jour le 19 juillet 2026. Le projet RIPOST poursuit son parcours parlementaire. Cet article expose des mécanismes généraux et ne remplace pas l’examen d’un dossier par un avocat.

RIPOST : « plus d’enregistrement » ne veut pas dire « plus aucune caméra »

Le projet RIPOST signifie « réponses immédiates aux phénomènes troublant l’ordre public, la sécurité et la tranquillité de nos concitoyens ». Son article 22, dans la version initiale et dans le texte adopté par le Sénat, proposait de maintenir la vidéosurveillance en temps réel dans certaines cellules tout en supprimant l’obligation d’enregistrer les images captées.

Le Gouvernement justifiait cette évolution par des difficultés techniques : changements fréquents d’occupants, démarrage et arrêt manuels, systèmes incapables d’assurer un enregistrement individualisé. Ses opposants y voyaient la disparition d’une trace susceptible d’établir des violences, un malaise, une absence de surveillance ou les conditions concrètes de détention.

Mais l’Assemblée nationale a supprimé l’article 22 en commission. En séance, l’amendement gouvernemental n° 912 qui voulait le rétablir a été rejeté le 10 juillet 2026. Le projet entier a ensuite été adopté en première lecture le 15 juillet. À cette date, il est donc inexact d’écrire que RIPOST a déjà supprimé les enregistrements de cellule. La mesure peut néanmoins réapparaître lors de la suite de la procédure législative.

Trois images que l’on confond souvent

Dispositif Ce qu’il capte Peut-il prouver une omission du PV ?
Caméra de cellule Des images de la cellule lorsqu’une personne présente un risque d’évasion ou une menace pour elle-même ou autrui. Ce n’est pas un enregistrement sonore de l’interrogatoire. En principe non. Elle peut documenter un incident ou les conditions de détention, mais pas une déclaration faite dans une salle d’audition.
Enregistrement de l’audition criminelle L’audition d’une personne gardée à vue pour un crime, dans les locaux d’un service de police ou de gendarmerie judiciaire. Oui. C’est précisément l’outil prévu pour vérifier l’authenticité des déclarations retranscrites au PV.
Vidéosurveillance ordinaire des locaux Selon l’équipement : couloir, accueil ou zone de circulation. Elle n’est ni systématique ni nécessairement conservée selon le régime de l’article 64-1. Rarement pour le contenu d’une audition. Elle peut seulement corroborer des horaires, déplacements ou incidents.

Cette distinction change tout. Une personne peut avoir vu une caméra dans sa cellule sans que son audition ait été filmée. À l’inverse, une audition criminelle peut avoir été enregistrée sous scellé sans que la défense puisse repartir avec une copie.

L’hypothèse : une preuve à décharge disparaît du procès-verbal

Imaginons une personne soupçonnée d’un vol commis à 20 h 15. Pendant l’audition, elle explique qu’elle se trouvait dans une pharmacie à cette heure, donne l’adresse, décrit un paiement par carte et demande que les images du commerce soient récupérées. Le procès-verbal se contente pourtant de la formule : « Je conteste avoir commis les faits », sans mentionner la pharmacie, le paiement ni la demande de vérification.

Ce n’est pas un détail de style. Si les images de la pharmacie sont écrasées quelques jours plus tard, l’omission peut faire perdre une preuve objectivement vérifiable. Elle peut aussi donner au lecteur du dossier l’impression que la personne a opposé une dénégation sans fournir d’alibi précis.

La Cour de cassation a jugé en 2022 que le caractère partiel ou même erroné de la retranscription n’annule pas, à lui seul, le procès-verbal. La réponse procédurale consiste à contester précisément la retranscription et, lorsque l’enregistrement prévu par l’article 64-1 existe, à demander une vérification contradictoire et éventuellement une retranscription intégrale du passage utile.

Mise à jour : l’arrêt du 13 mai 2026 renforce la contestation

Dans un arrêt publié au Bulletin le 13 mai 2026, la chambre criminelle a posé une précision directement applicable à cette hypothèse : l’allégation selon laquelle les déclarations de la personne n’ont pas été intégralement retranscrites constitue une contestation du contenu du procès-verbal au sens de l’article 64-1. La cour d’appel avait notamment opposé au prévenu qu’il avait signé les PV après relecture, que son avocat n’avait formulé aucune observation et qu’il n’avait pas réclamé plus tôt une retranscription complète. La Cour de cassation a néanmoins censuré son raisonnement.

Cette décision ne remet pas automatiquement le fichier à la défense et ne rend pas toute omission nulle. Elle consolide en revanche le point de départ de la demande : affirmer de manière circonstanciée qu’une déclaration à décharge a été omise suffit à caractériser la contestation prévue par le texte. Le juge ou la juridiction doit alors examiner la demande de consultation dans ce cadre, au lieu de l’écarter au seul motif que le PV a été signé ou qu’aucune réserve immédiate n’a été consignée.

Peut-on obtenir une copie de l’enregistrement de l’audition ?

En pratique, la réponse est généralement non : la loi organise une consultation, pas la remise libre d’un fichier à la personne mise en cause. L’article 64-1 du code de procédure pénale prévoit que l’enregistrement d’une audition criminelle ne peut être consulté, pendant l’instruction ou devant la juridiction de jugement, qu’en cas de contestation du contenu du PV, sur décision du juge ou de la juridiction, à la demande d’une partie ou du ministère public.

L’original est placé sous scellé fermé et une copie technique est versée au dossier. Cette « copie au dossier » n’est pas une copie personnelle automatiquement communicable au gardé à vue. Le texte écarte précisément les règles ordinaires de reproduction du dossier prévues par les derniers alinéas de l’article 114. La diffusion de l’enregistrement est en outre punie d’un an d’emprisonnement et de 15 000 euros d’amende.

La demande utile n’est donc pas : « remettez-moi le DVD ». Elle est plutôt : « le PV omet telle déclaration à décharge formulée pendant telle audition ; je demande la consultation de l’enregistrement sur le fondement de l’article 64-1 et la retranscription du passage utile ».

La marche à suivre la plus réaliste

  1. Réagir avant la signature. Demander la relecture complète du PV, signaler les phrases manquantes et solliciter leur ajout. Si le document demeure matériellement inexact, ne pas le signer comme s’il était fidèle. Le refus ne recrée pas la phrase omise, mais évite de donner l’apparence d’une validation sans réserve.
  2. Faire écrire l’avocat immédiatement. Après chaque audition ou confrontation à laquelle il assiste, l’avocat peut déposer des observations écrites. Elles sont jointes à la procédure et peuvent être adressées au procureur pendant la garde à vue. Ces observations doivent nommer l’élément omis avec précision : lieu, heure, personne, document, caméra, paiement, numéro de téléphone ou témoin à vérifier.
  3. Sauver la preuve extérieure sans attendre. Une vidéo de commerce, un journal de connexion ou une géolocalisation peut disparaître bien avant qu’un juge statue sur la vidéo de l’audition. Il faut conserver les reçus, relevés, historiques, messages et coordonnées des témoins, et demander par écrit la préservation des données détenues par un tiers. Un avocat peut solliciter du parquet un acte urgent ; selon la preuve, un commissaire de justice peut aussi constater ce qui est encore accessible.
  4. Identifier le régime juridique de l’audition. Si la qualification notifiée était criminelle, vérifier au dossier qu’un enregistrement audiovisuel a bien été réalisé et placé sous scellé. Si la garde à vue concernait seulement un délit, l’article 64-1 ne crée pas d’obligation générale d’enregistrer : il peut n’exister aucun fichier à demander.
  5. Contester avec des mots précis. Une demande abstraite de visionner « pour voir » est fragile. Il faut indiquer quel PV est contesté, la déclaration exacte ou l’idée omise, en quoi elle est à décharge et quel acte concret elle aurait dû déclencher.
  6. Saisir le bon décideur. Pendant une information judiciaire, l’avocat adresse au juge d’instruction une demande écrite et motivée selon les articles 64-1 et 82-1. Si le juge refuse, il doit rendre une ordonnance motivée dans le délai légal. Devant la juridiction de jugement, la demande est présentée dans des conclusions demandant la consultation et, si nécessaire, un supplément d’information ou une retranscription.

Et si l’enquête est encore au parquet ?

L’article 64-1 ouvre la consultation « au cours de l’instruction ou devant la juridiction de jugement ». Il ne donne donc pas au gardé à vue libéré un droit immédiat à recevoir ou visionner le fichier pendant qu’une enquête préliminaire se poursuit secrètement.

L’avocat peut néanmoins écrire sans attendre au procureur pour :

  • acter la contestation du PV et demander la préservation du scellé ;
  • communiquer les preuves à décharge déjà disponibles ;
  • demander l’exploitation urgente d’une caméra ou d’une donnée extérieure menacée d’effacement ;
  • solliciter, lorsque les conditions sont réunies, l’accès au dossier et la réalisation d’actes complémentaires.

Dans une enquête préliminaire, l’article 77-2 permet au procureur d’ouvrir tout ou partie du dossier à tout moment s’il estime que cela ne nuit pas aux investigations. La personne peut aussi demander l’accès dans certaines hypothèses, notamment après un an depuis la garde à vue ou l’audition libre. Ce mécanisme donne accès au dossier ; il ne transforme pas pour autant l’enregistrement protégé par l’article 64-1 en fichier librement reproductible.

Si l’on parle des images de la cellule : 48 heures pour agir

Le régime est différent pour la vidéosurveillance en cellule. Dans le droit actuellement en vigueur, les images sont normalement conservées quarante-huit heures après la fin de la garde à vue. Si la personne ou son avocat demande leur conservation dans ce délai, la durée est portée à sept jours. Elles peuvent ensuite être conservées selon les règles de la procédure si elles ont été extraites et transmises pour les besoins d’une procédure judiciaire, administrative ou disciplinaire.

Une simple demande d’accès aux données personnelles n’est donc pas la stratégie la plus sûre lorsqu’une preuve risque de disparaître. Les droits d’accès existent, mais peuvent être restreints pour protéger une enquête et renvoyés vers la CNIL. Surtout, les délais de réponse ordinaires sont incompatibles avec une destruction automatique en quelques jours.

La démarche réaliste combine, dans les quarante-huit heures :

  1. une demande écrite et traçable de conservation adressée au service concerné, avec lieu, dates et heures ;
  2. si un incident est allégué, une plainte ou un signalement suffisamment précis permettant de demander l’extraction pour une procédure judiciaire ;
  3. selon les faits, une saisine de l’IGPN, de l’IGGN ou de l’autorité disciplinaire compétente ;
  4. une demande au procureur de faire saisir ou extraire la séquence avant son effacement.

Même si ces images sont préservées, elles ne démontreront pas ce qui a été déclaré pendant une audition tenue ailleurs. Elles servent surtout à établir un incident en cellule, l’état apparent de la personne, les allées et venues ou le respect de certaines conditions matérielles.

Ce qui se passerait si la suppression revenait dans le texte final

Si la version initiale de l’article 22 était finalement réintroduite et promulguée, les cellules pourraient être surveillées en temps réel sans que les images soient enregistrées. Dans ce cas, il n’y aurait matériellement aucune copie à réclamer après les faits. Une personne devrait s’appuyer sur d’autres traces : certificat médical, registre de garde à vue, témoignage de l’avocat, identité des agents, vidéos d’autres zones, appel au parquet, horodatages et enquête administrative ou judiciaire.

Cette disparition éventuelle de la preuve de cellule ne supprimerait toutefois pas l’article 64-1 du code de procédure pénale. Les auditions criminelles resteraient enregistrées selon leur régime propre. Le slogan « plus d’enregistrement, plus de preuve » décrit donc un risque réel pour les incidents en cellule, mais devient trompeur s’il laisse croire que RIPOST effacerait les enregistrements de toutes les auditions.

Le point faible du système : la protection dépend de la qualification

Le paradoxe est important. Dans une affaire criminelle, une déclaration à décharge omise peut laisser une trace audiovisuelle sous scellé. Dans la grande majorité des gardes à vue délictuelles, l’audition n’est pas obligatoirement enregistrée. La personne dépend alors du PV rédigé par l’enquêteur, de la vigilance de son avocat et de sa capacité à préserver rapidement une preuve externe.

Une réforme réellement centrée sur la fiabilité de la preuve pourrait poser une autre question : faut-il enregistrer les auditions, au moins sonores, dans davantage de procédures, avec un accès judiciaire encadré et des délais de conservation suffisants ? Ce débat est distinct de la vidéosurveillance permanente d’une cellule, beaucoup plus intrusive pour la vie privée.

FAQ

Une personne gardée à vue reçoit-elle une copie de son procès-verbal ?

Pas automatiquement à la fin de la garde à vue. L’accès au dossier dépend ensuite du stade de la procédure. L’avocat peut toutefois déposer immédiatement ses propres observations écrites, qui sont jointes au dossier.

Refuser de signer annule-t-il le PV ?

Non. Le refus de signer ne fait pas disparaître le procès-verbal. Il évite seulement que la signature soit présentée comme l’acceptation d’une retranscription contestée. Il doit être accompagné, si possible, d’observations écrites précises et de preuves extérieures.

Peut-on demander l’enregistrement d’une audition pour un délit ?

La loi n’impose pas un enregistrement audiovisuel général des auditions délictuelles. Un dispositif peut exister localement, mais l’article 64-1 vise les personnes gardées à vue pour un crime.

Le juge doit-il accepter la consultation ?

Non automatiquement. Mais depuis l’arrêt du 13 mai 2026, il est acquis que l’allégation d’une retranscription non intégrale constitue bien une contestation du contenu du PV au sens de l’article 64-1. La demande reste plus solide si elle identifie précisément le passage omis et son utilité à décharge.

Sources officielles

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