Le projet Janus, presente par l’Unite nationale de police judiciaire de la gendarmerie, est l’un des sujets les plus parlants pour comprendre l’avenir de la preuve. L’idee est simple à formuler et complexe à realiser : creer un jumeau numérique en trois dimensions d’une scène de crime ou d’accident, pour pouvoir la revoir, l’analyser et la restituer même lorsque les lieux ont change.
Point cle : Janus ne remplace pas l’enquête. Il transforme des releves techniques en support commun de comprehension, de discussion et de reconstitution.
Comment une scène devient un jumeau numérique
Selon l’UNPJ, Janus repose sur des releves scientifiques de haute precision : scanner laser, photogrammétrie, drones, capteurs GNSS. Ces données permettent de figer les volumes, les distances, les trajectoires et les relations spatiales. Une scène qui aurait ete nettoyee, detruite, transformee par la meteo ou rendue inaccessible peut ainsi rester exploitable dans la procédure.
La force probatoire ne vient pas du cote spectaculaire de la 3D. Elle vient de la méthode de collecte. Si les points mesures, les photographies, les trajectoires et les horodatages sont documentes, le modele peut devenir un support de raisonnement.
Ce que la 3D aide à comprendre
| Usage | Apport possible | Point de vigilance |
|---|---|---|
| Distances | Comprendre ce qui etait visible, accessible ou plausible. | Verifier la precision des releves. |
| Trajectoires | Tester une hypothèse de mouvement ou de tir. | Ne pas confondre simulation et certitude. |
| Caméra-matching | Replacer une vidéo dans son contexte spatial. | Controler focale, angle, deformation et source vidéo. |
| Reconstitution | Permettre aux magistrats et experts de visualiser une scène complexe. | Garder le contradictoire sur les hypothèses affichees. |
La preuve 3D reste une preuve construite
Un modele 3D peut donner une impression d’evidence. C’est son risque principal. Un rendu propre, immersif, comprehensible, peut sembler plus certain qu’un dossier de photos et de mesures. Pourtant, la representation depend toujours de choix : quelles données ont ete integrees ? quelles hypothèses ont ete retenues ? quels elements manquent ? quel niveau de precision est annonce ?
Le bon usage judiciaire consiste donc à presenter Janus comme un support, pas comme une machine à verite. La défense doit pouvoir comprendre les données d’origine et discuter la maniere dont elles ont ete transformees en visualisation.
Ce que cela change pour la preuve
Janus montre une évolution importante : la preuve devient parfois un environnement navigable. Le tribunal ne lit plus seulement un plan, une photo ou un rapport ; il peut explorer une scène reconstruite. Cela peut améliorer la comprehension des faits complexes, mais impose aussi une exigence nouvelle : documenter la chaine entre le terrain et l’image finale.
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Sources
- UNPJ, Janus : le jumeau numérique des scènes de crime au service de la justice
- UNPJ, Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale
- UNPJ, Departement document numérique multimedia
- Legifrance, code de procédure pénale
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