Une fausse pièce n’est pas seulement un objet qui « semble bizarre ». Pour un numismate, un investisseur en pièces d’or ou d’argent, ou une personne qui veut revendre une monnaie de collection, la vraie question est plus exigeante : quelle preuve permet de dire que la pièce est fausse ? Et, surtout, quelle preuve est assez solide pour convaincre un acheteur, un vendeur, une plateforme, un expert ou un tribunal ?
Le sujet fait penser aux faux billets et à l’imaginaire du faussaire virtuose. Le film L’affaire Bojarski illustre bien cette fascination pour la fabrication de monnaie si bien imitée qu’elle trouble les institutions elles-mêmes. Mais les pièces de monnaie obéissent à une logique différente. Une pièce circule, s’use, se pèse, sonne, réagit ou non à l’aimant, porte des dimensions et une composition. Autrement dit : elle laisse des indices matériels.

Réponse courte : la preuve irréfutable dépend de la promesse faite
Il n’existe pas un test domestique unique qui prouve toujours qu’une pièce est authentique. En revanche, certains tests peuvent prouver de manière très forte qu’une pièce n’est pas ce qu’elle prétend être. Si une pièce vendue comme argent massif colle franchement à un aimant, vous n’avez pas seulement un doute : vous avez la preuve qu’elle contient un métal ferromagnetique incompatible avec l’argent attendu. Si une pièce supposee peser 6,45 g pese 4,00 g avec une balance fiable, elle n’est pas conforme à la fiche de référence. Si le diamètre, l’épaisseur, le poids et la masse volumique contredisent la pièce officielle, le faisceau devient très difficile à renverser.
La formule pratique : une preuve de fausse pièce se construit par comparaison entre la pièce observee et la pièce attendue : poids, diamètre, épaisseur, tranche, métal, magnétisme, son, gravure, historique de frappe et, si l’enjeu le justifie, test professionnel.
Pièce revendiquee, millésime, atelier, métal annonce.
Fiche Numista, catalogue, fiche de la Monnaie, variantes connues.
Poids, diamètre, épaisseur, tranche, densité si possible.
Aimant, son, comparaison avec original, loupe x10.
Expert, XRF, ultrasons, grading, avis documenté.
Fausse monnaie, faux de collection, copie : ne pas tout mélanger
Le droit français distingue les signes monétaires ayant cours légal des objets de collection, copies, refrappes, medailles ou faux d’époque. Le Code penal punit tres lourdement la contrefaçon ou la falsification de pièces de monnaie ou billets ayant cours légal. L’article 442-1 vise notamment les pièces et billets ayant cours légal en France ou émis par des institutions étrangères habilitees.
Sur le marché numismatique, la difficulté vient du vocabulaire. Une copie marquée comme telle, une reproduction décorative, un faux d’époque clairement vendu comme faux, une refrappe officielle et une contrefaçon moderne destinee à tromper ne relevent pas de la meme logique. Sur Numista, une discussion sur les fausses pièces et la loi rappelle justement cette distinction : des membres y opposent les copies mentionnees comme telles, les faux d’époque de monnaies démonétisées, les objets de fantaisie et les contrefaçons modernes non signalées.
Pour le collectionneur, le risque financier ne vient donc pas seulement de la fausse monnaie au sens penal strict. Il vient aussi de l’achat d’une pièce de collection ou d’investissement vendue avec une qualité qu’elle n’a pas : faux or, argent plaqué, date impossible, atelier incoherent, fausse patine, faux slab, ou refrappe présentée comme frappe originale.
Les pièces sont-elles aussi complexes et rentables que les faux billets ?
Pour la monnaie courante, les faux billets ont longtemps attire davantage l’attention : valeur faciale plus élevée, diffusion rapide, contrôle par les commerces et les banques. Les pièces de circulation rapportent moins par unite. Mais le marché des pièces d’investissement change l’equation. Une fausse pièce d’or d’une once, un faux souverain, une fausse 20 francs Napoléon ou une fausse rareté américaine peuvent représenter plusieurs centaines, milliers ou dizaines de milliers d’euros.
Le FBI et le Department of Treasury américain ont averti le public que des fausses pièces sont vendues sur des sites d’enchères, réseaux sociaux et boutiques en ligne, en ciblant les investisseurs et collectionneurs. Leur alerte distingue trois familles : pièces de transaction, pièces numismatiques de valeur et bullion, c’est-a-dire pièces ou produits en métaux précieux. L’alerte mentionne aussi des pertes de plusieurs millions de dollars et des saisies importantes de fausses pièces et fausse monnaie aux points d’entrée aux États-Unis.
La rentabilité du faux vient d’un écart simple : le prix de vente suit la promesse, pas la matière réelle. Une pièce en laiton plaqué or ou en cuivre argenté peut être vendue au prix du métal précieux. Une pièce en or réel mais frappée avec de faux coins peut être vendue avec une prime numismatique indue. Dans ce dernier cas, le poids et le titre peuvent être corrects, mais la pièce reste fausse comme objet numismatique.
Les preuves à conserver quand on détecte un faux
Si vous voulez prouver qu’une pièce est fausse, ne vous contentez pas de dire « elle sonne mal » ou « elle me parait louche ». Documentez chaque etape. Le but est de rendre votre verification reproductible.
- Photographier la pièce : avers, revers, tranche, détails suspects, balance affichee, pied à coulisse, aimant, emballage, certificat, facture, annonce de vente.
- Noter la référence attendue : fiche Numista, catalogue, fiche de la Monnaie emettrice, poids officiel, diamètre, épaisseur, métal, titre, tranche, atelier, millésime.
- Mesurer proprement : balance precise au centieme de gramme, pied à coulisse, plusieurs mesures, surface stable, pile de la balance verifiee.
- Filmer les tests simples : aimant approche lentement, pesee, mesure du diamètre, test sonore si vous l’utilisez.
- Garder la chaine de conservation : date d’achat, vendeur, capture de l’annonce, messages, numéro de suivi, emballage, facture, certificat.
- Faire confirmer si l’enjeu est important : expert numismate, maison de vente, professionnel de l’or, XRF, balance magnetique, test ultrason, certification NGC/PCGS selon les cas.
En matiere de preuve, l’important est la coherence. Une balance seule peut être contestee. Une photo seule peut être floue. Un avis de forum seul n’est pas une expertise. Mais une fiche de référence, une pesee filmee, un diamètre impossible, une attraction magnetique et un avis professionnel forment un dossier beaucoup plus robuste.
Le test de l’aimant : quand il devient une preuve forte
L’or pur et l’argent pur ne sont pas ferromagnetiques. Une pièce en or ou en argent ne doit donc pas coller franchement à un aimant. Gold.fr recommande le test avec un aimant puissant, idealement en néodyme, comme première vérification non destructive. La meme source rappelle toutefois que certaines pièces authentiques modernes peuvent contenir des métaux magnetiques selon leur composition, et que des faux plus évolués peuvent éviter cette détection.
La conclusion est simple : si une pièce vendue comme argent ou or non magnetique colle à un aimant, c’est une preuve tres forte qu’elle est fausse comme pièce de métal précieux. Mais l’inverse n’est pas vrai : une pièce qui ne colle pas n’est pas forcement authentique. Le cuivre, le plomb, le zinc, l’étain, le laiton ou certains alliages non ferreux peuvent aussi ne pas coller.
Outil utile : pour ce test, il faut un aimant puissant, pas un simple aimant de frigo. Vous pouvez utiliser un aimant de test disponible sur Amazon. Lien affilié : il peut générer une commission, sans changer le prix pour vous.
Pour une pièce censée être en or ou argent non magnetique, c’est une incompatibilité majeure.
Ce n’est pas une preuve d’authenticité : cuivre, plomb, zinc ou laiton peuvent aussi ne pas coller.
Sur un lingot ou une grande pièce d’argent, le freinâge peut soutenir le diagnostic, mais il doit être combiné.
Quels métaux font illusion ?
Les faussaires choisissent souvent des métaux ou alliages selon ce qu’ils veulent imiter : couleur, poids, densité, facilite de frappe, prix, reaction à l’aimant.
| Metal ou alliage | Illusion recherchée | Ce qui peut trahir |
|---|---|---|
| Laiton, bronze, cuivre doré | Couleur jaune proche de l’or pour un œil non averti. | Densite trop faible, usure du placage, son différent, couleur trop rouge ou trop jaune. |
| Tungstène | Densite proche de l’or, utile pour des noyaux ou faux lingots. | Son, conductivité, test ultrason, XRF de surface insuffisant si placage épais. |
| Plomb, étain, zinc | Faux grossiers, objets touristiques, copies peu cheres. | Poids incoherent, mollesse, aspect terne, son sourd. |
| Cupronickel, maillechort | Aspect blanc-gris pouvant evoquer l’argent. | Poids et densité différents, absence du bon son, composition détectee à l’analyse. |
| Acier plaqué nickel ou plaqué argent | Aspect métallique convaincant à faible coût. | Attraction magnetique, tranche, usure du placage. |
Le piège le plus dangereux n’est pas toujours le faux grossier. Une fausse pièce peut être faite du bon métal mais ne pas être authentique : faux coin de frappe, fausse date, faux atelier, usure artificielle, modification d’un detail pour transformer une pièce commune en rareté.
Le poids et la fiche Numista : le test le plus pragmatique
Pour un particulier, la comparaison à une fiche de référence est souvent le meilleur départ. Numista donne pour de nombreuses pièces le poids, le diamètre, l’épaisseur, la composition, la tranche, le millésime et parfois les variantes. Une balance precise et un pied à coulisse permettent déjà d’écarter beaucoup de faux.
Exemple : si une pièce de 20 francs or Napoléon attendue autour de 6,45 g pese 4 g, comme dans une discussion Numista sur une fausse 20 francs or, l’écart n’est pas une nuance d’usure : il signale une pièce non conforme. Pour des pièces d’argent, la meme logique vaut. Une 5 francs Semeuse ou Hercule trop légère, trop épaisse, trop petite ou trop grande doit être traitée comme suspecte.
Attention toutefois : une pièce usée peut perdre un peu de poids ; une balance bas de gamme peut dériver ; certaines pièces anciennes ont des tolérances ; une refrappe peut avoir des caracteristiques proches. Le poids seul donne une alerte. Le poids plus les dimensions plus le métal donne une preuve beaucoup plus forte.
0,01 g
diamètre + épaisseur
néodyme
x10
photos + son
Le son des pièces : utile, mais jamais seul
Le « ping test » consiste à faire vibrer légèrement la pièce et à écouter sa résonance. Une pièce d’argent produit souvent un son clair et durable, alors qu’une copie en métal pauvre donne un bruit plus court, plat ou sourd. Des applications comme Pingcoin ou Precious Coin Tester analysent la fréquence enregistree par le micro du téléphone et la comparent à une base de signatures acoustiques.
Le principe physique est sérieux : la fréquence de résonance dépend de la forme, de la masse, de l’elasticité et du métal. Une étude publiee dans Sensors à meme décrit un système de classification de pièces par réponse acoustique naturelle. Mais le test sonore à des limites : une pièce abîmée, fendue, montee en bijou, tres usée ou mal tenue peut sonner différemment. Il faut donc l’utiliser comme un test de tri, pas comme une expertise définitive.
Bonne pratique : si le son est mauvais, pesez et mesurez. Si le poids et les dimensions sont bons mais que le son reste suspect, faites tester la pièce par un professionnel. Une fausse pièce bien faite peut passer un test simple et échouer à un test combiné.
Ce que rappelle la vidéo « Argent métal : 5 techniques pour l’identifier »
La vidéo Argent métal : 5 Techniques pour l’Identifier à COUP SÛR !! apporte un bon complement pratique, surtout pour les pièces et lingots d’argent. Son message central rejoint la méthode de preuve : aucune technique domestique n’est miraculeuse ; la certitude vient de la combinaison de plusieurs tests.
Les arguments utiles à retenir sont les suivants :
- L’aspect visuel seul ne suffit pas. La couleur et la brillance varient avec la pureté, la patine, l’usure et l’âge de la pièce. Deux pièces authentiques de composition comparable peuvent avoir des aspects tres différents.
- Le test à l’acide est discutable pour une collection. Il peut fonctionner, mais il est cher, dangereux, destructif et renseigne surtout sur la surface. En cas de placage d’argent assez épais, il peut donner une impression trompeuse.
- Le son est tres utile sur les pièces. Une pièce d’argent à une résonance caracteristique ; le test doit être fait doucement, au-dessus d’une surface souple, avec une autre pièce ou un crayon pour éviter les marques.
- Un aimant faible ne sert pas à grand-chose. Il faut un aimant puissant. Si l’aimant attire franchement la pièce, elle n’est pas en argent. Mais une pièce non magnetique peut quand meme être fausse, par exemple avec un métal non ferreux.
- Le glissement de l’aimant est plus subtil que l’attraction simple. Sur un lingot ou une grande surface d’argent, un aimant puissant glisse plus lentement en raison de l’effet de freinâge lie à la conductivité. C’est beaucoup moins lisible sur de petites pièces.
- La comparaison avec une pièce authentique est tres efficace. Quand on possede un original, on peut comparer rapidement le son, le dessin, les inscriptions, la tranche et l’épaisseur.
- La pesee et les dimensions restent incontournables. Une balance au centieme de gramme et un pied à coulisse permettent de confronter la pièce aux donnees publiques de poids, diamètre et épaisseur.
- La pesee hydrostatique permet d’approcher la densité. Elle est moins pratique en achat rapide, mais tres utile pour des objets volumineux ou irréguliers, notamment les lingots.
Pour un achat pragmatique, la vidéo propose donc une logique simple : si vous etes face à une pièce, pesez, mesurez et écoutez ; si vous etes face à un lingot, ajoutez le test de glissement de l’aimant et, si possible, la densité. Cette approche ne remplace pas une expertise, mais elle transforme un achat au feeling en contrôle documenté.
Les détails visuels : gravure, tranche, police, patine
Gold.fr insiste sur les anomalies visuelles : poids et épaisseur, alliage, gravures molles, reliefs approximatifs, inscriptions, police, bords irréguliers. En pratique, la loupe x10 est indispensable. Regardez la tranche : cannelures, inscriptions, alignement, coûtures de moulâge, cassures, traces de lime. Beaucoup de faux trahissent leur fabrication sur les bords, plus que sur l’avers.
Les faux moules ont souvent des reliefs mous, des bulles, des micro-cavités, une patine trop uniforme ou artificielle. Les faux frappes peuvent être plus convaincants, mais présenter des erreurs de coin, de style, de lettre, de position d’atelier ou de millésime.
Quelles pièces sont les plus contrefaites ?
Il faut éviter une erreur : il n’existe pas un classement universel des fausses pièces. Les faux les plus vus par NGC ne sont pas forcement les faux les plus presents sur Leboncoin, eBay, les bourses locales ou les tiroirs de famille en France. Mais les listes NGC sont precieuses parce qu’elles reposent sur des pièces effectivement soumises à un grand organisme de grading.
Top 10 NGC des pièces américaines les plus contrefaites
Selon les soumissions reçues par NGC, les dix premières pièces américaines les plus souvent vues en contrefaçon ou alteration sont :
| Rang NGC | Pièce | Pourquoi elle attire les faussaires |
|---|---|---|
| 1 | Lincoln Cent 1909-S VDB | Petits détails ajoutes, notamment atelier S ou initiales VDB, pouvant transformer une pièce commune en rareté. |
| 2 | Mercury Dime 1916-D | La lettre D ajoutée sur une pièce de Philadelphie peut créer une fausse date clé. |
| 3 | Indian Head $2.50 1914 | Pièce d’or à prime numismatique, contrefaite depuis des decennies. |
| 4 | Lincoln Cent 1914-D | Faux complets, ateliers ajoutes ou dates modifiees. |
| 5 | Indian $3 1882 | Faux célèbres de type « Omega », avec marque minuscule caracteristique. |
| 6 | Indian Head $2.50 1911 | Peut être du bon poids et en or, mais fausse comme pièce numismatique. |
| 7 | Lincoln Cent 1922 No D | Suppression ou effacement du D pour créer une rareté. |
| 8 | Indian Head $5 1915 | Pièce d’or commune en quantité, mais à forte prime en beau grade. |
| 9 | Indian Head $2.50 1925-D | Faux destines à capter l’écart entre valeur métal et valeur collection. |
| 10 | Morgan Dollar 1893-S | Souvent fabriquée par ajout d’un S sur une 1893 de Philadelphie. |
Le point important n’est pas seulement la liste : NGC montre que de nombreux faux américains ne sont pas des disques en mauvais métal. Certains sont de vrais métaux précieux, parfois au bon poids, mais avec une date, un atelier ou une frappe qui cree une valeur numismatique artificielle.
Top 10 NGC des pièces du monde les plus contrefaites
Pour les pièces non américaines, le top NGC commence par plusieurs monnaies d’or, d’argent ou de forte rareté internationale :
| Rang NGC | Pièce | Risque principal |
|---|---|---|
| 1 | Russie 15 roubles 1897 AT | Gros tirage, mais prime numismatique suffisante pour motiver les faux. |
| 2 | Corée 5 Yang 1892 | Type d’une seule année, rare et recherche. |
| 3 | Indochine française Tael 1943-1944 | Design simple ; les faux peuvent parfois paraitre plus propres que les vrais. |
| 4 | Grande-Bretagne Halfpenny 1775 | Faux d’époque et confusions autour des émissions type Machin’s Mills. |
| 5 | Vietnam 20 Xu 1945 | Interet historique et fabrication d’origine rudimentaire. |
| 6 | Arabie saoudite Guinea 1950 | Pièce proche de l’imaginaire du souverain britannique, tres recherchée. |
| 7 | Corée Whan 1893 | Type d’une seule année, specimens en haut grade tres suspects. |
| 8 | Iran 5 Pahlavi 1960 | Faible tirage et demande des collectionneurs. |
| 9 | Grande-Bretagne Gothic Crown 1847 | Pièce iconique, faible tirage, valeur élevée. |
| 10 | Souverain britannique 1917 | Pièce d’or tres populaire, donc attractive pour les faussaires. |
Pour un lecteur francophone, deux lignes sont particulierement utiles : l’Indochine française apparait dans ce classement, et le souverain britannique est explicitément cité parmi les pièces d’or souvent rencontrées en faux. Ce sont deux familles qui circulent aussi sur le marché europeen.
Pièces chinoises : attention aux dollars et dragons
NGC publié aussi une liste des 25 pièces chinoises les plus souvent contrefaites dans ses soumissions. Les premières places comprennent notamment le dollar « jonque » de 1934, le dollar Yuan Shikai de 1914, les dollars commemoratifs de la Republique de Chine, les dollars « dragon » Qing et plusieurs monnaies provinciales. Le message pratique est simple : pour les monnaies chinoises en argent, surtout les dollars et dragons, le niveau de contrefaçon est tel qu’un achat non certifie doit être traite avec une prudence maximale.
Pièces d’investissement à surveiller en France et en Europe
Les classements NGC sont tres utiles, mais ils ne couvrent pas à eux seuls le risque quotidien d’un investisseur français. Les pièces à surveiller de pres sont :
- 20 francs or Napoléon et types Union latine : 6,45 g, 21 mm, environ 1,3 mm d’épaisseur pour la 20 francs or ; vérifier poids, diamètre, tranche, couleur et inscription.
- Souverain britannique : tres liquide, tres connu, cité dans les listes NGC et les documents professionnels sur les faux en or.
- Vreneli 20 francs suisses, 20 marks allemands, ducats autrichiens : familles explicitément utilisées dans des exemples professionnels de contrefaçons en or.
- Krugerrand, Maple Leaf, American Eagle, Philharmonique, Panda : pièces d’investissement mondiales, souvent imitées quand le prix de l’or monte.
- American Silver Eagle, Maple Leaf argent, Britannia argent, Libertad, Panda argent : pièces d’argent tres visibles en ligne, donc souvent copiees ou plaquées.
- 5 francs argent, 10 francs et 50 francs Hercule, Semeuse argent : vérifier poids, son, tranche et détails, surtout en lots.
- Thaler de Marie-Thérèse 1780 : le problème est souvent la confusion entre vrai faux, refrappe officielle, refrappe tardive et annonce trompeuse.
- Monnaies antiques : chouette d’Athènes, tetradrachmes, deniers romains, sesterces ; l’expertise stylistique et la provenance comptent autant que le métal.
Un document de la Deutsche Bundesbank presente aux professionnels de la LBMA rappelle un point essentiel : les faux en or existent sous plusieurs formes. Certains ont une teneur en or importante, proche de l’original ; d’autres sont faits de métal non précieux, parfois avec un noyau de tungstene et une fine couche d’or. La conclusion du document est la meme que celle de cet article : pour un examen sérieux, il faut appliquer plus d’une méthode.
Le forum Numismatique.com, rubrique Faux pour collectionneur, montre bien le terrain : les questions recentes portent sur tetradrachmes, chouettes d’Athènes, sesterces, deniers romains, souverains or, 5 francs, piastres d’Indochine, monnaies chinoises et pièces Napoléon. Ce n’est pas une statistique scientifique, mais c’est un bon thermomètre des doutes de collectionneurs.
Le cas du thaler : faux, refrappe ou mauvaise annonce ?
Le thaler de Marie-Thérèse est parfait pour comprendre la nuance. Beaucoup d’exemplaires portent la date 1780, mais cela ne signifie pas qu’ils ont été frappés en 1780. Le site specialise The Maria Theresa Thaler 1780 explique que le thaler à ete refrappe pour le commerce avec la date 1780 « figée ». Il indique aussi que l’affirmation selon laquelle le type aurait ete refrappe sans changement depuis 1780 est trop simplificatrice : les frappes anciennes et refrappes se distinguent par des variantes.
Donc, une pièce datee 1780 peut être parfaitement authentique comme refrappe officielle, mais fausse comme annonce si le vendeur la presente comme une frappe originale de 1780. La preuve ne consiste pas seulement à dire « elle est fausse » ; elle consiste à prouver que l’année lisible ne correspond pas à l’année de production revendiquee.
Checklist : comment savoir si ça cloche ?
- Le prix est trop bas pour la valeur métal ou la rareté annoncee.
- Le vendeur refuse les photos nettes de la tranche, de la balance ou du certificat.
- La pièce colle à l’aimant alors qu’elle est vendue comme or ou argent.
- Le poids sort nettement de la référence Numista ou catalogue.
- Le diamètre ou l’épaisseur compensent bizarrement le poids.
- La tranche est molle, irrégulière, coulee, mal inscrite ou trop neuve.
- La gravure manque de netteté ; les lettres sont empâtées ou incoherentes.
- La patine semble artificielle, uniforme, poudreuse ou deposee dans les creux.
- Le son est sourd pour une pièce d’argent qui devrait résonner.
- Le millésime, l’atelier ou la signature ne correspond pas à la production connue.
- Le certificat ou le slab ne correspond pas à la photo officielle du numéro.
- La pièce vient d’une plateforme ou d’un vendeur impossible à tracer.
Quelle preuve est vraiment « irréfutable » ?
Dans la vie courante, l’aimant peut donner une preuve tres forte : une pièce supposee en argent qui colle est fausse comme argent. Mais dans un dossier sérieux, la preuve la plus solide est un faisceau documenté :
- fiche de référence de la pièce attendue ;
- photos haute definition avers, revers et tranche ;
- pesee filmee sur balance fiable ;
- diamètre et épaisseur mesures ;
- test magnetique filme ;
- test sonore ou densité si pertinent ;
- analyse XRF, ultrasons ou balance magnetique si la valeur le justifie ;
- avis ecrit d’un expert, d’une maison de vente ou d’un organisme de grading ;
- preuves d’achat et de présentation commerciale.
La phrase exacte à retenir est donc : un test peut prouver une incompatibilité ; plusieurs tests documentés prouvent une contrefaçon ou une presentation trompeuse.
Conclusion : la preuve d’un faux est une preuve par contradiction
Une fausse pièce se prouve rarement par intuition. Elle se prouve par contradiction avec ce qu’elle prétend être. Elle prétend être en argent ? Elle ne doit pas coller à l’aimant. Elle prétend être une 20 francs or ? Elle doit respecter poids, diamètre, titre, tranche et style. Elle prétend être un thaler original de 1780 ? Il faut vérifier l’histoire des refrappes et les variantes. Elle prétend être certifiée ? Il faut vérifier le numéro, la photo et le boîtier.
Pour un numismate comme pour un investisseur, la bonne méthode n’est pas de chercher le test miracle. C’est de constituer une petite chaine de preuves : référence, mesure, observation, comparaison, confirmation. C’est cette chaine qui transforme un doute en démonstration.
Sources
- Legifrance, Code penal, chapitre « De la fausse monnaie », articles 442-1 à 442-16
- Numista, discussion « les fausses pièces et la loi »
- Numista, exemple de fausse 20 francs or avec poids incoherent
- Numismatique.com, rubrique « Faux pour collectionneur »
- Gold.fr, détecter les signes d’une fausse pièce
- Gold.fr, tester le magnétisme pour vérifier l’authenticité
- FBI / IC3, alerte sur les arnaques aux fausses pièces
- NGC, Top 50 Most Commonly Counterfeited U.S. Coins
- NGC, Top 25 Most Commonly Counterfeited World Coins
- NGC, 25 pièces chinoises couramment contrefaites
- NGC, Top World Counterfeits
- LBMA / Deutsche Bundesbank, Counterfeit Gold Coins, Roland Zils
- Pingcoin, presentation du ping test des pièces d’argent
- YouTube, « Argent métal : 5 Techniques pour l’Identifier à COUP SÛR !! »
- Sensors, système de classification de pièces par réponse acoustique
- The Maria Theresa Thaler 1780, histoire et refrappes
- The Maria Theresa Thaler 1780, Original and Restrike
- The Maria Theresa Thaler 1780, forgeries
- Wikimedia Commons, images de thalers de Marie-Thérèse
- Wikimedia Commons, Morgan Dollar 1893-S
- Allocine, L’affaire Bojarski
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